Coups de cœurCritiquesDrameFilmParasite – Bong Joon Ho (2019)

Avatar Virgile Durantonfévrier 28, 202095/100218 min
Réalisation
Bong Joon-ho
Distribution
Bookmakers, The Jokers
Titre original
기생충
Pays
Corée du Sud
❤️
Détail de la note
Réalisation
90%
Scenario
95%
Acting
100%
Aperçu
Lorsque la pluie s’abat sur le plus démuni, l’opulent ne sait que s’en satisfaire.

Oscarisé à quatre reprises après 6 nominations cette année, Parasite est le premier film non-anglophone à être récompensé dans la catégorie Meilleur Film. Il s’était vu décerné la Palme d’Or au Festival de Cannes en 2019 et semble avoir déjà fait sa place dans l’Histoire du cinéma. Accueilli aussi chaleureusement par le public que par la critique, son potentiel réside bien au-delà de son succès commercial.

Park So-Dam, Woo-sik Choi ; Copyright : The Jokers / Les Bookmakers

La maitrise complète du septième art…

De l’image au scénario, du jeu d’acteur aux décors, du travail sonore au montage : tout est maitrisé. Au-delà de la simple appréciation d’un bon film, on est ici confronté à une oeuvre non seulement d’une originalité impressionnante mais surtout d’une cohérence fascinante. Si le scénario est la grande force du film, le traitement de l’image et le montage prennent parfaitement forme autour du propos de Bong Joon Ho. Lorsque Ki-Woo décroche, grâce aux talents d’escroc de sa soeur Ki-Jung, son job étudiant dans la famille Park, il entreprend de séduire la mère pour l’inciter à embaucher sa complice sans lui préciser son identité. Ainsi commence alors la véritable supercherie, l’engrenage qui permettra à toute sa famille de trouver un emploi, mais qui les entrainera vers leur perte. La famille Park, à son insu, se retrouvera bientôt infestée de vautours piégeant un à un leurs employés, attirés par leur richesse exubérante. Une fois dans la maison, il n’est plus possible de se débarrasser de ces parasites dont la nature ne saurait être cachée très longtemps. Pourtant, ce n’est pas tant Ki-Woo et sa famille mais bien plus les Park qui illustrent ce comportement parasitique. Ils vivent dans une bulle idéale loin de la réalité où l’humain ne vaut rien face à la matérialité de ce qui les entoure. 

Yeo-jeong, Sun-kyun Lee ; Copyright : The Jokers / Les Bookmakers

…au devant du social

Au centre du film domine un seul et même sujet : l’argent. Tout ce que Ki-Woo accomplit découle du manque de moyen qui ronge sa famille, de cette spirale infernale qui fait que les pauvres restent pauvres, et les riches restent riches. Il cherche seulement à échapper à la triste fatalité du système : son talent  – celui de sa soeur, de son père ou de sa mère – ne sera jamais récompensé tant qu’il vivra dans un sous-sol miteux à plier des cartons pour une compagnie de pizza. La seule manière de s’opposer à son destin est de mentir : mentir pour mieux paraitre, mieux paraitre pour mieux vivre. Il n’est pas le seul à adopter cette stratégie finalement : la famille Park fait de même. Ils mentent à leurs employés, inventant des prétextes pour les licencier afin d’éviter la confrontation à la réalité. Ils se mentent à eux-même, toujours dans la même logique : mieux paraitre pour mieux vivre. Qu’est-ce qui les différencie alors de leurs employés : l’argent. Leur maison, haut-perchée sur la colline, les protège des catastrophes naturelles, de la pauvreté et des autres. C’est pourquoi Mme. Park ne se soucie que de l’odeur nauséabonde de son chauffeur sans toutefois ne lui faire remarquer, alors que l’appartement de ce dernier a été entièrement inondé par les pluies torrentielles. Elle se réjouira même de ces pluies qui lui ont permis d’écourter son séjour « catastrophique » en camping. Lorsque la pluie s’abat sur le plus démuni, l’opulent ne sait que s’en satisfaire.

 

Malgré la mondialisation et l’internationalisation du cinéma à notre époque, le cinéma asiatique peine à se faire sa place, notamment à cause de la généralisation de l’esthétique occidentale dominante. Il est bon de mettre l’accent sur les films de réalisateurs asiatiques qui forgent la beauté d’un cinéma contemporain méconnu du grand public.

  1. Mademoiselle, de Park Chan-Wook (2016)
  2. Cure, de Kiyoshi Kurosawa (1997)
  3. L’adieu, de Lulu Wang (2019)
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Virgile Duranton

Titulaire d'une licence en arts du spectacle (option cinéma) à l'Université de Strasbourg - Président du collectif Les Zinzolins

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