Coups de cœurCritiquesDrameMickey and the Bear – Annabelle Attanasio (2019)

Avatar Virgile Durantonjuin 7, 202083/100498 min
Réalisation
Annabelle Attanasio
Distribution
Wayna Pitch
Titre original
Mickey and the Bear
Pays
Etats-Unis
❤️
Détail de la note
Réalisation
85%
Scénario
75%
Acting
90%
Aperçu
Dans une petite ville du Montana, une adolescente du nom de Mickey envisage de partir étudier loin de son père, un vétéran accro aux opiacées.

Dans une petite ville du Montana, une adolescente du nom de Mickey envisage de partir étudier loin de son père, un vétéran accro aux opiacées.

 

Le lourd tabou de la drogue

Sur les épaules de Mickey (Camila Morrone) repose le lourd héritage d’une vie ruinée par la guerre. Son père, ancien soldat, n’a plus toute sa tête et n’est plus capable de vivre seul. La mère n’est plus là, depuis longtemps apparemment. Dévasté par son addiction, mais aussi ses angoisses, Hank (James Badge Dale) est inconsciemment agressif, la confond régulièrement avec sa mère, … Il n’est pourtant pas central : ici, le film nous raconte l’histoire de sa fille, victime elle aussi des tabous qui planent encore sur la drogue. Dans cette petite commune du Montana, tous savent que Hank ne sera plus jamais ce qu’il était. Pourtant, personne ne semble oser le dire. Mickey est réduite au silence, à l’ignorance puisqu’elle vit constamment sous la menace d’une nouvelle saute d’humeur de son père. On la traite comme une enfant, alors qu’elle est la plus adulte : sûrement la seule à admettre à voix haute voix la condition de son père.  Cependant, si elle est le seul pilier stable dans sa vie, elle n’en est pas moins impuissante tant qu’elle est soumise à Hank.

James Badge Dale, Camila Morrone
Copyright Wayna Pitch

 

L’hypocrisie d’une société qui n’agit pas

Il est rapidement évident que les docteurs ne peuvent aider ni Hank ni Mickey. Aucun des deux n’a assez d’argent pour envisager une cure de désintoxication ou une admission en hôpital. A quoi servent ces docteurs s’ils ne peuvent pas venir en aide d’une adolescente qui, malgré l’amour qu’elle a pour son père, le craint à la fois ? A l’image de notre société qui passent encore sous silence des sujets bien trop importants, les docteurs peuvent seulement conseiller Mickey et s’excuser de ne pouvoir faire plus. Annabelle Attanasio traite avec une rigueur poétique du traitement que l’on réserve aux drogués, ainsi que la négation de leur souffrance. Cette négation entraîne un plus grand tabou encore : elle nie aussi la souffrance endurée par les proches.  Lorsque Hank ne peut plus se procurer ses médicaments, c’est alors à Mickey de se sacrifier. Mickey and the bear nous confronte à ces yeux aveugles, ces oreilles sourdes qui ne veulent – ni ne peuvent – constater que les addictions ne sont pas traitées comme elles devraient l’être. Mickey, obligée de calmer son père lorsqu’il est en manque, jongle entre dealeurs et docteurs pour se procurer les médecines qui apaiseront les folies de Hank. Elle fait partie des sacrifiés : elle se battra tant qu’elle le pourra dans une société qui choisit de ne pas voir. Que restera-t-il d’elle quand tout sera fini ?

James Badge Dale,
Copyright Wayna Pitch

 

Vivre ailleurs, vivre heureux ? 

Le seul espoir stable qui demeure, et qui fait vivre Mickey, est la promesse d’une nouvelle vie universitaire : la vraie vie. Un jour peut-être pourra-t-elle changer la société avant que cette dernière ne la détruise pour de bon. Encore faut-il qu’elle ait l’argent pour s’offrir ce luxe. Sa rencontre avec Wyatt (Calvin Demba) la confronte au dilemme cornélien qu’elle ne peut plus éviter. Choisir entre son père et ses études, entre la vie qui la tuera certainement et la vie qu’elle mérite. Cette vie tuera surement son père : seul, il ne s’en sortira pas. Mickey and the bear soulève avec habilité le quotidien perturbé qui touche de nombreux adolescents aux Etats-Unis. Il ne s’agit pas là seulement de drogue : le film dévoile aussi la réalité sensible d’adolescents qui n’ont pas – ou plus – accès à l’éducation en raison de problèmes familiaux. Il donne la parole à ceux qui n’ont pas la chance d’avoir une stabilité financière et familiale, et que la société ne saura aider.

Camila Morrone, Calvin Demba,
Copyright Wayna Pitch
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Virgile Duranton

Titulaire d'une licence en arts du spectacle (option cinéma) à l'Université de Strasbourg - Président du collectif Les Zinzolins

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