Coups de cœurCritiquesDrameDrunk – Thomas Vinterberg (2020)

Le rythme du film s’accélère à mesure que les chapitres avancent et les grammes d’alcool dans le sang augmentent.
Avatar Lidwin Marteaunovembre 6, 202092/10011410 min
Réalisation
Thomas Vinterberg
Distribution
Haut et Court
Titre original
Druk
Pays
Danemark
❤️
Détail de la note
Réalisation
93%
Acting
93%
Scénario
90%
Aperçu
“Je voulais surtout faire un film sur l’existence, pas seulement sur le fait d’être en vie mais sur le fait de vivre”

Hymne à l’ébriété 

 

Des adolescent.es, une compétition, beaucoup d’alcool, très peu de retenue, c’est ainsi que Thomas Vinterberg a décidé de commencer son nouveau film : Drunk ( Ivres). Le choix du titre suffit à résumer la trame principale du film. Le métrage Danois co-écrit par Thomas Vinterberg et Tobias Lindholm montre l’expérience sociale de quatre amis : rester constamment à 0,5g d’alcool dans le sang.  Le film s’ouvre donc sur une ribambelle d’adolescent.es en pleine course relais alcoolisée. Le principe ? Pousser une brouette remplie de bières et en boire une le plus rapidement possible à chaque étape. En somme, une scène festive entrecoupée de dégobillages. Un noir, puis le film commence. Le réalisateur nous met dans l’ambiance dès la première seconde, nous préparant pour un film qui pourrait être un des plus grands de cette année 2020.

copyrights : Pathé films

Le sursaut Vinterberg

 

Connu pour être un des fondateurs du Dogme 95 (mouvement cinématique Danois prônant le retour des tournages les plus naturels possibles, dénués d’effets spéciaux et toute technique apportant de la superficialité aux films), Thomas Vinterberg a encore une fois bousculé les esprits. Le sujet traité ne pourrait être plus d’actualité; un homme en pleine crise existentielle (Mads Mikkelsen) souffre de la monotonie de son quotidien. Sa vie personnelle et professionnelle pâtisses de ce manque d’envie de vivre pleinement il faut trouver une solution, et rapidement. Lors d’un repas avec trois de ses amis, et après discussions, ils décident de tester la théorie du psychiatre Finn Skarderud consistant à rester constamment à 0,5g d’alcool dans le sang. Nous sommes ici face à un film d’une grande ampleur sociétale : comment gérer nos crises personnelles ? Comment ne pas tomber dans les travers de la solitude quand tout est réglé comme du papier à musique : travail, retour au foyer avec femme et enfants, travail…

Plusieurs réactions sont possibles face à ce film, si certaines personnes se sentent bousculées, choquées par le propos, d’autres n’en sortent qu’avec une envie : celle de fêter la vie. Drunk fait partie de ces objets dont chaque expérience personnelle amène une analyse et une perception complètement différentes. L’objectif est donc réussi pour le réalisateur : les spectateurs et spectatrices sortant de la salle de cinéma ont l’image du film gravée dans la tête, et ce pour un moment.

 

copyrights : Pathé films

 

Une montée en puissance

 

Chaque scène est amenée avec une finesse propre au cinéma Danois. L’enchaînement des longs dialogues et des scènes très courtes amène un rythme saccadé s’accordant parfaitement avec l’état d’esprit des personnages. Il n’est pas question ici de lisser les discussions ou les comportements. On alterne entre soirées beuveries entre amis  et images de ces professeurs poussant leurs élèves à tout donner pour obtenir leur diplôme. Les côtés positifs et négatifs de l’expérience sont montrés sans prendre de gant, il nous est impossible de juger les actions des quatre amis même lorsqu’ils perdent le contrôle.

À la manière d’un Dogme 95 remasterisé, Il y a un besoin absolu de montrer que le film est calqué sur la vie réelle. Le réalisateur, pour pousser son propos encore un peu, incorpore des images de gouvernants réellement ivres lors de conférences ou évènements officiels. Nous pouvons donc découvrir (ou revoir pour beaucoup d’entre nous) la maintenant très populaire vidéo de Nicolas Sarkozy (possiblement) ivre en pleine conférence au G8. Vinterberg continue ses allusions au mouvement Danois des années 95 par le montage, en racontant l’histoire de ses personnages par chapitre, chacun séparés par le traditionnel carton.

 

copyrights : Pathé films

 

0,5g ; 0,6g ; 0,8g ; 1g ; perte de contrôle

 

Le rythme du film s’accélère à mesure que les chapitres avancent et les grammes d’alcool dans le sang augmentent. Martin, Tommy, Peter et Nikolaj ne sont finalement que des êtres humains, le reflet de notre société, et eux aussi ont le droit de perdre le contrôle. Drunk est paradoxalement un film rassurant. Oui il nous montre des hommes stressés, déprimés, noyant leur désespoir dans une expérience alcoolisée s’en accrochant comme si c’était leur dernière chance, mais pas seulement. Si l’histoire peut paraître d’une tristesse inouïe, elle redonne finalement espoir. Thomas Vinterberg l’a lui même dit lors d’une interview : “Je voulais surtout faire un film sur l’existence, pas seulement sur le fait d’être en vie mais sur le fait de vivre” et c’est un pari parfaitement réussi. Comme pour tout être humain, il y  a des hauts, des bas, des pertes de contrôle parfois violentes, mais il existe toujours un moyen de relever la tête et de réapprendre à vivre vraiment.

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Lidwin Marteau

Rédactrice, réalisatrice et photographe quand les pellicules et la lumière le permettent.

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