Cinema expérimentalCoups de cœurCritiquesFilmLux Æterna – Gaspar Noé (2019)

Triste portrait dressé ici par Gaspar Noé ? Surement.
Avatar Virgile Durantonnovembre 9, 202086/100216 min
Réalisation
Gaspar Noé
Distribution
UFO Distribution, Potemkine Films
Titre original
Lux Æterna
Pays
France
❤️
Détail de la note
Scenario
80%
Jeu d'acteur
80%
Realisation
100%
Aperçu
Ce monde misogyne, sexiste et égoïste est malgré tout une réalité de l’art cinématographique et le seul moyen qu’il a trouvé de le satiriser est d’aduler l’énergie viscérale et impitoyable qu’il dégage.

Un an après son troublant Climax, présenté à la quinzaine des réalisateurs de la  71ème édition du festival de Cannes, Gaspar Noé a su à nouveau percer l’écran, au festival de Cannes 2019, de son nouveau moyen-métrage, Lux Æterna, en compagnie de Béatrice Dalle, Charlotte Gainsbourg ou encore Karl Glusman. 

Copyright UFO Distribution – Béatrice Dalle (à gauche) et Charlotte Gainsbourg (à droite)

C’est sur le cinéma lui-même, sans filtre ni artifice, que le réalisateur se penche désormais durant les 50 minutes de son oeuvre. D’un monde impitoyable, il retient une réalité violente et insensible où ni la vie privée ni la volonté n’ont leur place. Avant tout, l’argent prime et l’art se mesure par son efficacité et sa rentabilité. Beatrice Dalle, dont le prénom reste inchangé (comme d’ailleurs tous les protagonistes), dirige le tournage d’une fiction sur les célèbres chasses aux sorcières. Ainsi, Lux Æterna s’ouvre magnifiquement sur un split-screen qui dévoile d’un coté Béatrice Dalle, et de l’autre Charlotte Gainsbourg, ayant une discussion autour d’un feu de cheminé. Par un jeu d’acteur sincère, une mise en scène fascinante et une abondance de détails, Gaspar Noé stimule tout de suite le spectateur, dont plusieurs visionnages ne suffiraient à saisir les nombreuses subtilités qui apparaissent furtivement à l’écran. Les différentes caméras mobiles suivent insidieusement les personnages, à la recherche de faux-pas qui signeraient la rupture de contrat. 

Copyright UFO Distribution

En effet, l’interprète est directement opposé aux producteurs, sorte de monstres avares qui ne pensent qu’à boucler le projet. L’entêtement incontesté de Béatrice Dalle semble leur poser problème et ils mettent en place un stratagème pour la virer, alors que la musique du Festival de Cannes sonne ironiquement en arrière-plan. Car ce n’est pas de l’art dont Noé se moque, mais bien du cinéma-industrie, du cinéma de l’effervescence, du tapis rouge lui-même changé trois fois par jour de peur de montrer que même les réalisateurs connus ont des semelles sales. Là où l’argent prime, l’art se meurt ; et Charlotte Gainsbourg n’a le temps ni de se reposer ni de s’occuper de sa fille possiblement blessée, puisque chaque minute perdue est un desastre économique. Alors, dans le rush, Beatrice s’égosille sans que les actrices anglo-phone ne comprennent, le chef-opérateur malmène ses actrices (Kechiche, es-tu là ?), et les têtes tombent sous la cadence effrénée du projet. Même le spectateur ne sait plus suivre l’action, alors que des textes subliminaux apparaissent, morales hallucinatoires reposants sur les écrits de quelques théoriciens. 

Copyright UFO Distribution

Triste portrait dressé ici par Gaspar Noé ? Surement. Pourtant, c’est bel et bien un hommage autant qu’une critique, présenté dans le Grand théâtre Lumière, symbole du Festival cannois. Ce monde misogyne, sexiste et égoïste est malgré tout une réalité de l’art cinématographique et le seul moyen qu’il a trouvé de le satiriser est d’aduler l’énergie viscérale et impitoyable qu’il dégage.

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Virgile Duranton

Titulaire d'une licence en arts du spectacle (option cinéma) à l'Université de Strasbourg - Président du collectif Les Zinzolins

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