ComédieCoups de cœurCritiquesDrameAdieu les cons – Albert Dupontel (2020)

Ce qui fait la beauté de Adieu les cons, ce n’est pas l’actualité des propos qu’il tient, mais la légèreté avec laquelle il les aborde.
Avatar Virgile Durantonnovembre 21, 202090/1004910 min
Réalisation
Albert Dupontel
Distribution
Gaumont
Titre original
Adieu les cons
Pays
France
❤️
Détail de la note
Réalisation
90%
Scénario
90%
Acting
90%
Aperçu
D’une justesse touchante, Adieu les cons dédramatise l’injustice d’une vie incomprise.

3 ans après son magnifique Au revoir là-haut, Albert Dupontel nous revient avec un sujet tout aussi bien traité : Adieu les cons. JB (Albert Dupontel), informaticien, tente de se suicider après avoir appris qu’il sera remplacé par quelqu’un de plus jeune. Cette tentative de suicide l’amene à rencontrer Suze (Virginie Efira). Cette dernière vient de découvrir, à 43 ans, qu’elle allait bientôt mourir à cause d’une maladie auto-immune et tente de retrouver l’enfant qu’elle a abandonné sous X durant son adolescence.

Copyright Jérôme Prébois – ADCB Films – Albert Dupontel

Une société devenue folle

 

Albert Dupontel dresse le portrait d’une société sclérosée, rongée par la quête de la surproductivité et le conformisme. Une nouvelle fois, il présente des personnages surprenants, hors des conventions sociales. JB, recherché pour tentative de meurtre (sa tentative de suicide ayant blessé un de ses collègues), et Suze sont perdus : déconnectés de la réalité, ils n’ont plus de raison de faire semblant de comprendre le monde qui les entoure. Ils se rencontrent dans le bruit et les cris et formeront plus tard un duo étonnant, poétique. Si leur coopération se base sur du chantage, ils apprendront  à se connaître, à se reconnaître dans la foule : ils expriment tous deux un ras-le-bol de ce monde qui leur a tout ôté. Présentés comme des fous, ils sont peut-être les deux seuls personnages à avoir vraiment les pieds sur terre. En effet, lorsque l’on est confronté dans un flash-back aux parents de Suze qui lui répètent qu’elle est “trop jeune pour aimer son bébé” (et qui la forceront à l’abandonner), on peut se demander si le monde est devenu fou. Cependant, ils luttent pour ne pas se faire écraser par la machine impartiale qui fait marcher la société. 

Copyright Jérôme Prébois – ADCB Films – Albert Dupontel (à droite) et Virginie Efira (à gauche)

La comédie de l’actualité

 

Ce qui fait la beauté de Adieu les cons, ce n’est pas l’actualité des propos qu’il tient, mais la légèreté avec laquelle il les aborde. Il n’y a que Dupontel pour faire rire de sujets si lourds, et encore une fois, il le fait avec talent. Les deux personnages ne sont  pas habilités à vivre dans un tel environnement. La tentative de suicide de JB est un acte lourd de sens, mais profite du ton comique pour traiter de manière novatrice ses sous-thèmes : il n’est pas question d’une quête de rédemption, d’une volonté de se réintegrer à la société moderne, mais bien de clamer haut et fort que l’on est en désaccord avec cette vie, quitte à en mourir : adieu, les cons ! A. Dupontel dénonce cette réalité virtuelle dans laquelle nous baignons, ce flot d’information abusif qui nous empêche de penser droit, ces lobbys et ces politiques qui, dans l’ombre, contrôlent nos vies sans jamais se nommer clairement. L’humour charme d’abord, puis dénonce. “Il est si difficile de s’aimer dans un monde répressif et anxiogène”, nous dit le réalisateur. Ces policiers qui hurlent comme une meute de chiens de chasse affamés, ces docteurs qui n’ont plus le temps de s’occuper de leurs patients, comment font-ils pour exister encore sans que personne ne pense à bousculer le monde qui les a fait naître ? Pour comprendre le monde, il faudrait d’abord que le monde nous comprenne.

 

Le drame humain

Copyright Jérôme Prébois – ADCB Films – Virginie Efira (à droite) et Albert Dupontel (à gauche)

Adieu les cons est avant tout un drame : deux êtres que rien ne lie s’encouragent mutuellement à poursuivre la seule chose qui les fait vivre. Suze, à la recherche de son fils, poursuit une quête de reconnaissance, mais surtout tente de se prouver qu’elle aura laissé une trace. Le film met aussi en lumière ces instants fugaces de la vie, à première vue anodins,  d’une puissance humaine fabuleuse : un homme aveugle qui, parcourant son quartier d’enfance, cherche quelque chose de familier à quoi s’accrocher ; un homme atteint d’alzheimer qui, en fuyant son EPHAD pour retourner à son ancien domicile, prouve à sa femme qu’il est désolé, malgré sa condition, d’avoir laissé s’échapper les souvenirs partagés qui comptaient tant pour eux. Le film se termine par une scène brillante, un doigt d’honneur à la société, aux oppressions et à l’absence du sens de la vie. Elle est la conclusion logique de tout ce que Dupontel revendique dans son film. D’une justesse touchante, Adieu les cons dédramatise l’injustice d’une vie incomprise.

 

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Virgile Duranton

Titulaire d'une licence en arts du spectacle (option cinéma) à l'Université de Strasbourg - Président du collectif Les Zinzolins

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