Cinema expérimentalCritiquesDrameFilmCléo de 5 à 7 – Agnès Varda (1962)

Avatar Virgile Durantonjanvier 26, 202186/100217 min
Réalisation
Agnes Varda
Distribution
Ciné-Tamaris
Titre original
Cléo de 5 à 7
Pays
France
❤️
Détail de la note
Réalisation
95%
Scénario
80%
Acting
85%
Aperçu
« Minute, beau papillon. Être laide c’est ça la mort, tant que je suis belle je suis vivante, et dix fois plus que les autres »

Si la présence de la femme à l’écran a toujours révélé certains problèmes de notre société, sa place derrière une caméra en souligne d’autant plus. Agnès Varda, au milieu de cet océan de cinéastes modernes dont Godard, Truffaut mais aussi Antonioni ou Fellini, a pourtant réussi, seule, à nager à leurs cotés. Elle nous présente un cinéma d’une rare singularité et joue, déjà à son époque, des clichés qui pèsent sur les femmes. On suit alors la belle Corinne Marchand, dont l’existence est troublée par des résultats d’analyse qui décideront de son sort. Le film, au départ en couleur, se lasse rapidement de ces effusions pour retourner vers le noir et blanc, qui réfère à la mort latente de Cléo tout en soutenant une esthétique léchée où tout est travaillé.

 

Cléo de 5 à 7, avant de s’inscrire dans le mouvement moderne, s’inscrit surtout dans le mouvement féministe. Agnès Varda milite à travers l’image en nous présentant un film assumé où la présence masculine n’est que peu visible. S’ils occupent le poste de patrons de café, de docteurs ou de serveurs, les hommes ne sont que très peu présents. Ils ne sont pas pour autant renié puisque Cléo finira par rencontrer un homme sincère qui l’a rendra, selon ses mots, « enfin heureuse ». Agnès Varda porte une attention particulière aux détails de l’image très travaillée : la présence de plusieurs chatons dans certaines scènes témoignent d’une vision globale de la mise en scène, autant que le travail des reflets et des miroirs. Elle s’attache malgré tout aux valeurs de la modernité et ne se laisse pas déranger par la distanciation, en montrant par exemple à plusieurs reprises des caméra-men apparaitre dans le champ ! L’importance de la mélodie, référence à la carrière de chanteuse du personnage principal, berce le récit, que ce soit dans le taxi ou sur les terrasses des cafés. Ainsi sommes-nous charmé par Paris des années soixante où la vie bat de l’aile.

« Qui suis-je et où vais-je ? » nous demande pourtant la modernité – les mêmes questions qui hantent Cléo – alors que le monde semble tourner trop vite pour notre condition humaine. On déambule dans les rues de Paris, découvrant les supérettes et les automobilistes en colère. Rien ne semble plus atteindre la chanteuse puisqu’elle est persuadée qu’elle va s’éteindre, pas même les conversations qui la concernent. Au café avec sa gouvernante Angèle, elle préfère s’attarder sur les problèmes de couple de deux amoureux plutôt que d’écouter ceux qui lui adressent la parole. Cléo finit par ne plus rien faire, ne plus rien entendre, et subir ce temps qui lui colle à la peau durant les deux heures qui la séparent de ses résultats d’analyse. C’est cette quête de réconfort de la part des autres qui la tue plus qu’autre chose, ce besoin d’attention constamment insatisfait. Car au final, peu importe qu’elle meurt ou non, puisqu’elle est déjà morte. Morte ou vivante ne veulent bientôt plus rien dire car l’attente est venue à bout de sa volonté. Et pourtant, elle se redresse, la tête haute et les épaules gonflées de fierté, justifiant cette attitude de sa philosophie.

 

« Minute, beau papillon. Être laide c’est ça la mort, tant que je suis belle je suis vivante, et dix fois plus que les autres »

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Virgile Duranton

Titulaire d'une licence en arts du spectacle (option cinéma) à l'Université de Strasbourg - Président du collectif Les Zinzolins

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