AnimationCoups de cœurCritiquesFilmGenreSoul -Pete Docter, Kemp Powers (2020)

On entre dans un monde où la mixité des styles donne la vertigineuse impression d’être face à une mise en abîme. Un film d’animation dans un film d’animation, une histoire dans une histoire.
Avatar Lidwin Marteaumars 28, 202188/100568 min
Réalisation
Pete Docter, Kemp Powers
Production
Dana Murray
Société de production
Pixar Animation Studio
❤️
Détail de la note
Animation
97%
Scénario
88%
Musique
79%
Aperçu

À défaut d’avoir eu droit à une sortie en salle, Disney+ diffuse Soul sur sa plateforme streaming depuis le 25 décembre. Le dernier Pixar aux sonorités jazzy et à l’animation fantasque méritait d’être vu sur grand écran accompagné du système audio immersif propre aux salles de cinéma. Pour des nombreuses raisons, c’est uniquement sur ordinateur ou téléviseur qu’il sera possible de découvrir le film d’animation. Dommage.
Pete Docter, Kemp Powers et Mike Jones abordent tous trois le sujet de la mort du corps et de l’esprit dans leur doux métrage d’animation dont les personnages rappellent physiquement ceux de Vice Versa (2015), co-créés par Pete Docter.

 

Une animation originale

 

Les studios Pixar nous ont habitués à une animation proche de la perfection (Coco (2017) ; Vice-Versa (2015) ; Les Indestructibles (2004; 2018)) et c’est encore une fois un projet réussi. Pete Docter et Kemp Powers nous proposent ici des images poétiques en superposant différentes esthétiques. La scène suivant la mort du protagoniste, Joe Gardner, est un parfait exemple de ce que le film proposera.   Encore une fois, il est regrettable de ne pas avoir pu profiter de ces images fantasmagoriques sur grand écran. Si elles nous transportent déjà à domicile, il est difficile d’imaginer l’émotion qu’elles auraient produites en salle.

 

De la fausse note à la parfaite symphonie

 

Le jazz, lorsqu’il est bien utilisé, apporte toujours son lot d’émotions. On l’a vu dans Whiplash entre autres. Cette musique transporte, raconte des histoires sans se soucier du texte. Une note de piano, un son de saxophone et l’auditeur.ice est transporté.e dans ses propres pensées. Jon Batiste (jazzman et activiste dans la lutte Black Lives Matter), auteur compositeur sur le film, fait rouler ses doigts sur son piano à travers les mains de Joe Gardner pour donner un peu de sens au monde qui entoure ce protagoniste. Le film s’ouvre sur une ribambelle de fausses notes, des saxophonistes en herbe qui essaient d’apprendre à entrer dans l’intimité de la musique à l’aide de saxophones compliqués à dompter. Une élève sort du lot et n’en reçoit que des moqueries de ses camarades de classe. Joe Gardner la rassure, explique son amour pour cette musique et lance une première fois l’idée que la passion connecte l’âme à quelque chose de particulier, spirituel. C’est pendant ces premières minutes de films que l’on découvre l’autre monde : celui où se mélangent vie après la mort, pensées perdues, et tout ce qui est connecté à l’âme.

 

La morale Pixar

 

Le studio Pixar nous a habitué à ses sous-entendus politiques et ses douces moqueries sur la société. Dans le deuxième volet des Indestructibles par exemple, on pouvait découvrir les railleries du studio sur le monde digital (quelque peu hypocrite quand même) et des pics à répétition sur la société actuelle et son évolution. On se souvient, en arrière-plan d’une scène de dialogues, de la pub pour un produit ménager ayant pour slogan “ c’est tellement facile que même les hommes peuvent le faire”. Dans Soul, c’est à l’aide des somptueux scénaristes que le studio a encore une fois frappé. C’est tout en subtilité qu’on nous met face à face avec d’anciens personnages politiques comme Marie-Antoinette ou encore Abraham Lincoln, de gentils rappels historiques qui permettent aux plus jeunes de s’accommoder aux noms qu’ils ne connaissent, pour certains et certaines, pas encore.

Ici, on parle d’âmes, de musique, de hiérarchisation des priorités dans la vie. C’est un film cocon qui pousse à relativiser sur la mort et sur nos objectifs personnels, qui nous aide à apprécier la vie pour ce qu’elle est et nous apporte au quotidien. Soul est typiquement le film dont on peut avoir besoin dans une période telle que celle dans laquelle nous vivons. Un peu d’amour, un peu de relativisation, un peu de jazz. On en sort peut-être un peu grandi, mais surtout apaisé. C’est encore une fois une grande réussite et un cadeau de fin d’années pour les enfants, leurs parents et tout autre cinéphile.

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Lidwin Marteau

Rédactrice, réalisatrice et photographe quand les pellicules et la lumière le permettent.

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