AnimationCritiquesFantastiquePour enfantsShe-Ra et Les Princesses au Pouvoir – Noelle Stevenson (2020)

She-Ra et Les Princesses au pouvoir est diffusée de 2018 à 2020 sur Netflix, avec 52 épisodes d’une vingtaine de minutes au compteur. On y découvre Adora, jeune membre téméraire de la Horde, dans un monde rempli de magie, et surtout, de conflits.
Avatar Clothilde Zanottiavril 12, 202178/10011412 min
Réalisation
Noelle Stevenson
Diffusion
Netflix
Titre Original
She-ra and the Princesses of Powers
Pays
Etats-Unis
Nbre de saisons
5
❤️
Détail de la note
Réalisation
79/100%
Scénario
71/100%
Animation
84/100%
Aperçu
Si She-Ra est une série pour enfant à partir de 7 ans, osez y jeter un œil, vous en sortirez moins indemne que vous ne l'imaginez.  

SHE-RA : LA REPRÉSENTATION POSITIVE AU POUVOIR

 

Depuis la fin des années 80, les représentations LGBTQI+ s’accumulent (à nouveau!) dans l’univers télévisuel et cinématographique. Plus de représentations est synonyme d’une acceptation plus globale et d’une éducation collective, du moins, si ladite représentation n’est pas qu’un simple amas de clichés bêtes et sordides.

Pourtant, dans le milieu de l’animation et plus spécifiquement, celle pour enfant, les représentations négatives s’accumulent et la tradition macabre du “Bury your gays” semble perdurer. La série Le Prince des Dragons fait l’illustration parfaite du phénomène. Il y a, certes, l’inclusion de deux couples homosexuels dans l’histoire autour des personnages principaux, mais seul hic, ils n’apparaissent que dans les flashbacks car ils sont tout bonnement décédés. Donc oui ils sont présents, mais ne méritaient pas une place concrète dans l’histoire. Et après la censure qu’a subi La Légende de Korra sur l’aboutissement de la relation amoureuse du personnage principale avec une autre femme, quel espoir peut-on imaginer pour nous sortir la tête de ces représentations oppressives et blessantes ?

 

Mais qu’est ce que c’est, le “bury your gays” ?

“Bury your gays” est un syndrome de notre société excluante et binaire, dont la conséquence première est le destin tragique des personnages LGBTQI+ généralement présent dans une œuvre audiovisuelle. Ces personnages, auxquels les spectateur.trice.s eux même LGBTQI+ s’identifient, sont considérés comme plus dispensables, plus sacrifiables que les cis-genre hétérosexuels (pourtant beaucoup plus nombreux à l’écran). Souvent, trop souvent, les personnages LGBTQI+ sont des personnages mineurs, des acolytes de l’héro.s.ïne, ayant pour unique enjeu leur orientation sexuelle ou tout ce qui s’y rapprochent. Mais en plus, ils sont fréquemment victimes de fins tangiblement atroces et finement stupides, comme destinés à être sacrifiés au profit d’un pathos décevant. (SPOIL The 100: comment oublier la mort de Lexa, une balle perdue ? Vraiment ?)

 

La nouvelle She-Ra

Enfin, nous y voilà : She-Ra et Les Princesses au pouvoir de Noelle Stevenson, et un rapide état des lieux s’impose. Tout d’abord, la série d’animation pour enfants est créée comme un reboot de son aînée She-Ra, la princesse au pouvoir, sortie dans les années 1985 et 1986.

She-Ra et Les Princesses au pouvoir est diffusée de 2018 à 2020 sur Netflix, avec 52 épisodes d’une vingtaine de minutes au compteur. On y découvre Adora, jeune membre téméraire de la Horde, dans un monde rempli de magie, et surtout, de conflits. Lors d’une escapade, Adora tombe sur une épée magique et révèle ainsi les pouvoirs de She-Ra qui sommeillaient en elle. Elle découvre alors les véritables intentions néfastes de son camp, et décide de se battre pour protéger sa planète contre la Horde.

Indéniablement, dès l’épisode 1, la série émet une volonté profonde de se détacher de l’œuvre originale et cherche à construire sa propre légende. À l’inverse de l’œuvre d’origine où Adora était accompagnée de son frère jumeau Musclor, l’héroïne découvre ici seule l’épée qui lui confère ses pouvoirs, sans l’aide de quiconque.

C’est également par les messages féministes et pro-LGBTQ+ qu’elle transmet, que la distinction entre les deux œuvres s’accentue. Mais loin d’être les uniques thèmes abordés, Adora et ses ami.e.s Bow et Glimmer vont être confrontés à des dilemmes sur l’amitié, l’amour, le traumatisme ou encore l’acceptation des différences. Le tout sur un fond d’aventure magique, où la rébellion menée par les Princesses s’oppose en dernier rempart à l’impitoyable Horde qui menace Etheria.

 

 

Des personnages mis en valeurs

She-ra et les Princesses au pouvoir porte bien son nom: “Les Princesses” et non “la princesse”, car il est question d’une émancipation féminine majeure. Effectivement, le nombre de personnages féminins surpassent largement celui des personnages masculins, ce qui est plutôt rare pour une série d’aventures. Chaque princesse a ses capacités propres et son environnement de prédilection, mais aussi un caractère qui va avec ! Il leur faudra apprendre à vivre ensemble, malgré leurs différences de points de vue, pour faire face à leur adversaires, tout aussi singuliers.

Si au premier abord, le grand méchant Hordak semble classique au possible, il se révèle d’une complexité touchante au fil des saisons. Quant à Catra, elle est l’un de ces personnages qu’on adore détester et qu’on espère voir changer. Elle est la personnification même de la colère et de la souffrance. Son développement nourrit l’intrigue et sa relation de némésis qu’elle entretient avec Adora. Amie de toujours de notre héroïne et première victime de son brusque changement de camp, Catra est autant le personnage principal de la série qu’Adora.

 

Comme Adora, la créatrice de la série est déterminée et elle ne lâche pas son objectif principal : sensibiliser la jeunesse à des idéaux du féminisme et à des représentations queer et non-binaire. Une voie d’éducation bien différente de celle de nos aînés qui consistait à cacher, rendre tabous, attribuer d’hors-normes chaque petite différence présente dans une société macrocosme comme la nôtre. La haine s’apprend et se transmet, autant que l’empathie et l’acceptation des différences.

Si She-Ra est une série pour enfant à partir de 7 ans, osez y jeter un œil, vous en sortirez moins indemne que vous ne l’imaginez.  

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Clothilde Zanotti

Scénariste, réalisatrice et monteuse dans le collectif Les Zinzolins

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